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Vie d'ici

Le jour où on a failli réveillonner à l’eau claire

30 janvier 2016

 

 

Si vous connaissez les parents Tortue et le soutien qu’ils apportent à la production viticole française et mondiale, vous savez que ça ne peut pas arriver, sauf cas de force majeure.

Eh bien nous y voilà.

La Nouvelle-Calédonie a beau être un bout de France, rien n’est vraiment pareil. Ce qui est délicieusement dépaysant, mais qui réserve aussi des surprises.

Comme ce gros raté de Maman Tortue qui est revenue des courses le 31 décembre avec du jus d’ananas pour toute boisson festive. Dix jours après avoir emménagé, il n’y avait pas de réserves à la maison. Même pas une vieille bière.

L’affaire a provoqué chez Papa Tortue une tête de trois pieds de long, et un début de dépression. « Déjà qu’on a pas de meubles, si en plus on ne peut pas boire un coup pour le Nouvel An… »

 

Mais comment ça se fait?

Vous allez comprendre.

Mais d’abord, rejouons la scène un mois plus tard, afin de mesurer les progrès de la famille Tortue dans son adaptation à la vie locale.

11h10 : Papa Tortue, qui travaillait aujourd’hui, rentre plus tôt pour permettre à Maman Tortue d’aller se divertir en faisant les courses au supermarché car le frigo crie famine et il n’y a pas de gamelle le week-end. Il lui tend en soupirant les clés de son 4X4 tout neuf en priant Saint Chevrolet qu’il ne lui arrive rien (à la voiture).

11h20 : Don’t worry Papa Tortue, ils ont pensé à tout ici, les rétros ne vont pas toucher.

 

 

 

 

11h22 : Ça n’a presque pas touché.

11h37 : Maman Tortue se maudit d’être si mal organisée à faire une fois de plus les courses le samedi, ce qui est une épreuve insupportable à peu près partout dans le monde.
En plus ici c’est bientôt la rentrée, c’est la course aux fournitures scolaires. Les gens qui se retrouvent après les vacances discutent dans les rayons  au lieu de se bouger, et ça tombe LE jour où il ne faut pas se planter. Trop de pression, vraiment.

11h42 : La dame qui bouche le passage au rayon des compotes en discutant avec sa voisine a enfin un éclair de lucidité : « Ah, j’avais pas vu l’heure, faut que j’y aille, parce que j’ai du cidre dans le chariot… »
Ben oui, JUSTEMENT.

11h47 : Maman Tortue commence à suer à grosses gouttes, et c’est pas à cause du prix des bananes pourtant produites localement.
(550 XPF le kilo soit 4,60 euros, sachant que Bébé Tortue en consomme un régime par jour, je vous laisse calculer dans combien de temps cet enfant nous aura mis sur la paille)

11h53 : Elle envoie un texto à Papa Tortue : « C’est chaud mais j’y crois ».
Au rayon frais, elle n’a plus le temps de chercher le jambon préféré de Bébé Tortue, elle prend le premier paquet qui lui tombe sous la main, du jambon de cerf. Puisqu’il aime manger local…

11h54 : Vite, vite, à la caisse. Maman Tortue n’est pas la seule à accélérer le mouvement.

11h59 : C’est enfin à son tour.
« Bâânnjour Madame Tortue, dit la caissière, vous avez de la chance, vous arrivez pile poil ! »

Midi pile : plus aucune goutte d’alcool ne passe en caisse. A une minute près, Tariquet, rosé de Provence et shiraz sud-africains seraient retournés illico dans leur rayon au lieu d’être sirotés sur la terrasse des Tortue ce week-end.

 

Mais cette fois la mission est accomplie. Ce maudit 31 décembre donc, en parfaite Zoreil* (voir ci-dessous) fraîchement débarquée sur le Caillou, Maman Tortue avait bien pris soin de choisir sa petite bouteille de champagne dans le rayon AVANT midi, et AVANT que des barrières ne soient installées, mais elle a ensuite tranquillement continué ses courses et a payé à midi QUINZE.

Et est repartie sans la bouteille. Un jour de réveillon. Oui, c’est la loose, on ne vous le fait pas dire.

 

 

Pas touche, Maman Tortue !

 

 

L’ivresse sur la voie publique, un fléau calédonien

Et voici l’explication. Depuis 2008, une réglementation révisée tous les trois mois interdit la vente d’alcool à emporter le vendredi, le samedi et le dimanche à partir de midi, ainsi que la veille des jours fériés à partir de midi, et les jours fériés toute la journée.

A Nouméa et les communes alentours, l’interdiction est étendue au mercredi après midi en-dehors des vacances scolaires. Par ailleurs, depuis 2003, la vente de bières fraîches est interdite tous les jours dans les commerces (les bières chaudes c’est permis).

Ces mesures ont été prises pour faire face à un phénomène en recrudescence, l’alcoolisme sur la voie publique, très souvent à l’origine de bagarres et première cause d’accidents mortels sur le territoire.

L’Agence Sanitaire et Sociale (ASS) de Nouvelle-Calédonie a constaté ces dernières années un rajeunissement des premières consommations, et une hausse des épisodes d’alcoolisations massives en fin de semaine et lors des fêtes.

•  voir le dernier rapport de l’ASS sur la consommation d’alcool en Nouvelle-Calédonie (2013)

 

 

L’alternative : les (très) nombreux cavistes

On aura bien compris la volonté politique. Sauf qu’après l’heure, c’est quand même encore un peu l’heure pour qui en a les moyens.

Car un seul commerce bénéficie d’une dérogation : les cavistes. 
Après une année noire suite à la prise de l’arrêté,  la profession réunie en collectif a obtenu en août 2010 de pouvoir ouvrir quand même durant les période de restriction, à condition ne ne pas vendre des boissons alcoolisées au-delà de 18°, ni de bière.
Le vin et le champagne restent donc autorisés à la vente quand ils ne le sont plus en supermarché.

Cet aménagement favorable de l’arrêté a vu leur nombre exploser sur le territoire : on comptait un caviste pour 12.000 habitants en 2013, notamment dans les quartiers sud de Nouméa, réputés chics et touristiques.

Leur cible : une clientèle disposant de revenus confortables, qui plus qu’une bonne bouteille, s’offre aussi la liberté de l’acheter quand bon lui semble.

Et c’est comme ça que Papa Tortue, ce jour-là, a réussi à sauver le coup …

 

 

C’est pourtant clair, non ?

 

Même ça ?

 

 

* Vous avez dit zoreil ?

Le zoreil, le zor, le zozo, c’est nous, et c’est sans doute vous aussi : le citoyen français de métropole.
L’expression peut être amicale (rarement), taquine (souvent), ou franchement désobligeante.

Elle désigne dans ce cas-là celui qui est venu faire un séjour de 2 ou 3 ans sous le soleil à la faveur d’un salaire indexé qu’il va s’empresser de ne pas dépenser localement, avant de retourner en zoreillie, comprenez « la Frônce ».
Le pire, c’est quand il a tout vu, qu’il sait tout, qu’il a tout compris à la vie, et qu’il ne peut s’empêcher de faire étalage de son savoir. Un archétype qui énerve beaucoup les calédoniens …

Mais ne faisons pas de généralités !  Il ne tient qu’à nous, amis zoreils, de faire tomber les idées reçues …


  • D'Wettelsemer Shildkrott
    31 janvier 2016 at 23 h 20 min

    Pour avoir grandi avec la bouteille de Maggi devant mon assiette , je sais que « Maggi Arôme relève et améliore tous les mets ».
    Je ne sais pas si la prohibition change quelque chose à l’addiction (pas de Maggi), l’histoire a montré tout autre chose.
    En tous cas, nous aurons une pensée pour vous quand nous boirons l’apéro 😉