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En brousse

Prony, le village fantôme

6 juillet 2016

Y’a quelqu’un ?

 

Ce jour-là après le pique-nique, Papa Tortue, constatant que la voiture avait fait le grand écart dans le nuancier automobile – passant d’un très raffiné blanc perle nacré à un bien plus rustique rouge orange latérité – annonce que tant qu’à faire, soyons fous, prenons les chemins de traverse ça ne coutera pas plus cher chez Éléphant Bleu.

Nous sommes donc rentrés à Nouméa sans reprendre en sens inverse la RT3, la route de Yaté, mais en bouclant la boucle par en-bas.
Au bout de la piste cahoteuse qui descend vers la baie de la Somme, un embranchement mène au village de Prony.

Parfait, se dit Maman Tortue, on pourra s’arrêter prendre du pain pour ce soir, voire faire deux-trois courses vite fait.

Sauf que non.
Mais alors là, pas du tout.

Prony est un village fantôme.
Et ceux qui jadis arrivaient jusqu’ici ne venaient pas vraiment faire du tourisme, voyez-vous …

 

Les vestiges du bagne de Prony

 

 

Du hameau forestier au pénitencier

A sa création en 1867, le village est une exploitation forestière créé par un certain Hyppolite Sebert, capitaine de l’artillerie de marine, alors chargé de trouver un moyen de ravitailler Nouméa en bois de construction face à l’augmentation considérable du prix des importations.

La baie de Prony est choisie pour sa (relative) proximité avec la ville, et pour la densité de sa forêt environnante de chênes de gomme et de kaoris, des essences particulièrement solides.

Une poignée de « transportés », des prisonniers de droit commun, est réquisitionnée sur le chantier naissant, tous choisis pour leur savoir-faire artisanal.

 

 

Le camp Sebert vers 1872, les cinq hangars et la scierie (crédits : album Hugan / ANC)

 

Six ans plus tard, en 1973, le camp Sebert est transféré à l’administration pénitentiaire et devient une annexe du bagne sous l’euphémisme de chantier forestier.

Cent cinquante forçats « relégués », petits délinquants récidivistes, y sont envoyés, rejoints plus tard par des prisonniers politiques de la Commune de Paris.

Jusqu’à trois cent prisonniers vivent alors sur le chantier. Les problèmes de discipline et d’évasions sont fréquents, et l’histoire de Prony sera marquée par les abus de pouvoirs des surveillants, et les sévices corporels à la limite de la torture. Des agissements qui feront d’ailleurs l’objet d’une vaste enquête judiciaire, finalement classée sans suite pour cause de prescription.

Après la fermeture du pénitencier en 1911, le village a été abandonné avant de renaitre brièvement le temps de l’exploitation d’une mine de fer de 1956 à 1968.

 

Source : association du village de Prony

 

Voir aussi :

Relégués, transportés, déportés : zoom sur le bagne en Nouvelle-Calédonie

 

Hum, sympa, on ne sait que choisir …

 

Ni assis, ni debout : le supplice du courbaril

 

 

Village historique

Le village de Prony a été inscrit en 2008 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il est restauré et entretenu par une association de riverains, mais reste authentiquement mystérieux et glaçant …

Certaines des anciennes cases de mineurs sont devenues des résidences secondaires, toutes fermées en ce début d’hiver austral. Juste en face, les ruines du bagne, belles et tristes, sont peu à peu dévorées par les racines des banians géants.

Dans la forêt, on trébuche parfois sur un tas de lourdes chaînes rouillées, souvenir de son douloureux passé pas si lointain. …

 

 

 

 

 

 

Voir aussi :

 

 

 

 

La suite ? Le sud, encore le sud !
Et la journée du Roi Carotte en son carrosse …

 

 

C’est reparti !

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    Sylvie Saint-Sever
    7 juillet 2016 at 3 h 03 min

    Très beau reportage. Merci de partager ces découvertes. Les métropolitains connaissent si mal la Nouvelle-Calédonie.
    J’aime la petite maison enlacée par l’arbre. L’atmosphère des lieux est évidemment bien chargée. On est loin de la médiation pénale… La famille tortue va bien, je vois. Ici à Bledmouillé, c’est le 1er jour de soleil depuis 2 mois.

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      Maman Tortue
      7 juillet 2016 at 7 h 03 min

      Merci chère Sylvie. C’était une vraie surprise ce village de Prony, nous ne nous attendions pas à ça! Beaucoup d’endroits comme celui-là rappellent que l’histoire de ce pays est âpre et douloureuse, et qu’il s’est fondé sur de grands malheurs, des déchirures et des déracinement pour toutes les communautés. On comprend mieux du coup pourquoi tout ne peut pas être apaisé aujourd’hui …
      Mais pour nous la vie est douce. Alors que vous entamez votre été, ici c’est la saison « fraîche », les températures sont printanières ce qui est très agréable après les grosses chaleurs …

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    MAMAN
    8 juillet 2016 at 3 h 17 min

    Sinistre ce village mais l’histoire est très intéressante et méconnue. Merci pour ce beau partage.

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