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Vie d'ici

Les jeunes danseurs du Wetr, passeurs de traditions

23 avril 2016

La troupe Wetr Kréation dans Xötr au centre Culturel Tjibaou

 

Le spectacle s’appelle Xötr, mais prononcez quelque chose comme rheudj. Je sais, ça n’a rien à voir. Il en va de la langue drehu comme de la culture kanak en général, rien n’est jamais vraiment simple vu de l’extérieur.

D’ailleurs xötr a plusieurs significations. C’est un mot qui parle des différentes étapes du développement de l’homme, qui symbolise la culture de l’igname, employé aussi lors de la construction de la case traditionnelle.
Ce qui se développe, ce qui grandit, toujours en mouvement.

Le chorégraphe Jean-Georges Hnamano, lui, a choisi de traduire le nom de son spectacle par génération.

 

Un pont entre les générations

Ses danseurs sont en quelque sorte des passeurs de culture, entre tradition et modernité. La formation Wetr Kréation, c’est la jeune garde du Wetr (prononcez wedj), cette troupe qui rassemble depuis 24 ans des danseurs issus des 17 tribus qui composent le district du même nom au nord de l’île de Lifou.

Eux, les jeunes, réinterprètent les chants et les danses traditionnelles dans un souffle contemporain. Les exportent, même, jusqu’au festival d’Avignon en 2012 sous la direction de Régine Chopinot.

Cette semaine, nous avons eu la chance d’assister à la répétition générale de Xötr au Centre Culturel Tjibaou, grâce à un ami de Papa Tortue en visite à Nouméa avec sa famille (français ayant vécu à Singapour, sur le chemin du retour vers chez eux en Australie, avant d’emménager bientôt en Turquie, bref, vous voyez que nous on est encore des petits joueurs question déménagement).

Papa Tortue ne peut pas trop vous raconter le spectacle, il en a manqué un bout car il a dû procéder à l’évacuation temporaire d’un jeune spectateur un peu trop excité par l’événement, j’ai nommé Bébé Tortue, sous vos applaudissements. Qui bien que relégué avec son papa au fond de la salle, près de l’issue de secours, a quand même manifesté haut et fort son admiration avec quelques Oh! et Ah! bien placés (dans les moments de silence).

Il a eu raison : c’était beau et puissant.

 

Quand la tradition s’enrichit du monde contemporain

L’histoire de Xötr, c’est celle d’un danseur qui évolue à travers les étapes de sa vie. Son cheminement, ses acquis, ses doutes. On le voit tiraillé entre la vie traditionnelle en tribu et les lumières de la ville, avec ses mirages, le cannabis, l’alcool, deux des grandes problématiques du moment. On découvre aussi comment la société qui change influence et enrichit son art…

A la fois un hommage à l’évolution de la troupe originelle du Wetr à travers le temps, et une métaphore du grand défi de la société kanak : trouver sa place dans le monde moderne sans renier ses traditions ancestrales. Et veiller à ce qu’elle se transmettent aux jeunes générations.

 

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La répétition générale, dernière vraie séance de travail dans les conditions du spectacle, était ouverte aux familles des danseurs, pour la plupart venues de Lifou pour le week-end culturel du Wetr au Centre Tjibaou.

Maman Tortue, qui, modestement, a un peu goûté elle aussi à l’ambiance des générales dans une autre vie, s’attendait à ce qu’à la fin tout le monde remballe ses costumes avant un bon débriefing en coulisses, et hop, au lit, demain c’est une grosse journée, on a encore du boulot.

Ben non, pas du tout. Pas ici.

Pas tout de suite…

 

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Le grand chef s’adresse aux jeunes de son district de Wetr

 

Un homme assis dans la même rangée que nous s’est levé. Pascal Sihazé, grand chef du district de Wetr durant plusieurs années, et ancien président du sénat coutumier. Il s’est longuement adressé aux danseurs en drehu, la langue de Lifou. Comme un père parle à ses enfants.

Puis il a traduit pour nous, et j’en retranscris ici un extrait (pour une culture de tradition orale, c’est le pompon, mais faisons une exception …) :

 

Je leur ai dit : peut-être qu’ils vont encore améliorer les gestes, mais pour nous qui ne dansons pas, parce que nous n’avons plus le souffle, eh bien c’est du professionnalisme ! Nos enfants qui sont là, certains ont quand même intégré l’école de danse de Paris. La sélection était très sévère, ils sont revenus, ils ont adapté les connaissances.

Et c’est pour cela, vous avez pu vous en apercevoir tout à l’heure, qu’il y a des gestuelles, comme avec les mains, ou les gestes en arrière, qui ne sont pas kanak !  Ils sont en train de concilier des gestes pour pouvoir faire un spectacle…

Mais pour s’exprimer de cette manière pendant une heure et demie, il faut avoir du souffle, la condition physique qui s’impose, et je leur ai dit : ce n’est pas en fumant du cannabis, et avec de l’alcool, qu’on arrive à avoir le physique. Ils ont montré tout à l’heure des images sur ces problématiques dans la société. [ …]

Le message, c’est pour le public, mais surtout pour eux. Il faut l’intégrer. Il faut amener beaucoup plus de monde à leur suite, dans les quartiers, quelle que soit l’appartenance ethnique, ou les divergences de croyances. [ …]

La philosophie des vieux, c’est d’accueillir tout le monde. S’il y a un lépreux qui veut mettre le maillot du district, de l’école de foot, il va le mettre. On est dans le « destin commun »…
[ …]

 

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Vite, des biscuits dans la bouche de Bébé Tortue pendant le discours du grand chef !

 

Et puis les représentants de la troupe ont annoncé qu’ils allaient « faire un geste », c’est à dire faire la coutume. Et ont offert au directeur artistique du Centre Tjibaou un drapeau kanak, une tortue en feuilles de pandanus tressées, symbole de la culture qui voyage au-delà des océans, et deux ignames.
Avec des mots qui résonnent très fort en cette période où le pays se penche sur son destin :

S’il n’y a pas vous, il n’y a pas nous, et s’il n’y a pas nous, il n’y a pas vous.

 

Ben ça alors.

Après le spectacle, c’est encore un spectacle, et c’est tout aussi intense et riche de sens …
Et surprenant, vraiment.

Comme d’habitude …

Toujours aussi surprenant.

 

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La coutume offerte au directeur artistique.

 

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Les félicitations des familles.

 

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Les danseurs : Tupan Hnawange, Wenehnehmu Sihaze, Hnaxo Toma, Kokoisi Sailuegejë, Hnaxömë Draikolo, Kuan Wahiobe, Hmakany Wahiobe, Ekaië Mili, Hnanyne Wajema, Sisi Vandegou, Thaxou Ijelipa, Drengen Hnamano, Wasamané Xanatr

 

Infos pratiques :

Xötr, les 22, 23 et 24 avril 2017 au Centre Culturel Tjibaou

  • Mamandine
    25 avril 2016 at 6 h 12 min

    Tu as ton petit Xört perso à la maison qui grandis et évolue dans une nouvelle culture qui lui apporte ces richesses et adaptations… C’est pas tout le monde qui partage son goûter avec les poissons ?
    Ça a l’air passionnant comme spectacle un théâtre alsacien local ?.

    Méfie toi pour les dessins maintenant qu’il a vu une troupe entière avec des peintures tribal ça vas sûrement l’inspirer pour ses prochains tatouages éphémères. On peu pas lui en vouloir c’est de coutume locale la peinture corporelle non ?

    Merci pour ces petits reportages.
    Bisous

    • Maman Tortue
      25 avril 2016 at 8 h 18 min

      C’est sûr que c’est pas trop un spectacle pour enfants, c’est un peu plus « guerrier » que Tchoupi et ses amis. Mais on va dire que ça fait partie de son éveil culturel … Le problème avec la peinture corporelle tribale, c’est que ça ne s’efface pas quand c’est fait au stylo Bic. Là je viens de lancer une machine de draps (des parents) à cause des dessins au feutre bleu dessus, sympa les motifs …

  • D'Wettelsemer Schildkrott
    26 avril 2016 at 19 h 50 min

    Sacré Victor 😉 Vous n’en avez pas fini avec les surprises !

    • Maman Tortue
      26 avril 2016 at 20 h 28 min

      Vous non plus, héhé … 😉

  • D'Wettelsemer Schildkrott
    26 avril 2016 at 20 h 36 min

    On verra bien 😉